Accueil


Echange en piano

" Bien que ne m'appelant pas Christian, je vais vous raconter une histoire de clavier.
Tout d'abord, permettez-moi de me présenter : Bruno, nouveau retraité. Signe particulier : a fréquenté durant son enfance une adorable grand-mère mélomane, disposant d'une discothèque et (oh bonheur) d'un piano aujourd'hui le mien.
Mamy ! Je peux écouter un disque ? Bien sûr mon chéri ! Je mets aussitôt sur le plateau, un microsillon " J.S.Bach Récital d'orgue " et là, c'est la révélation ! Médusé, je tombe assis aux accents du choral " HERZLICH TUT MICH VERLANGEN ". J'écoute l'harmonie du monde se parlant à elle-même. Ce disque, je le passe, le repasse pour mémoriser les différentes lignes mélodiques, les accords… JE SUIS AU PARADIS.
Bien vite, je redescends sur terre, ce paradis, je veux en avoir la clé, cette langue intérieure, je veux la parler ! Je passe au salon, ouvre le piano, tâtonne, cherche mes repères, trouve les cinq ou six premières notes, je viens de jouer ma première phrase musicale.
L'heure de la retraite a sonné, j'ai enfin le temps de réaliser mon projet mûri de longue date : apprendre à lire ce langage de l'âme que je prétends parler quelque peu, et avec quel bonheur ! Ne plus être limité par la seule écoute pour pouvoir exprimer enfin, dans toute sa plénitude, tout ce que j'ai à dire.
Un dimanche matin, je flâne devant le panneau du R.E.R.S., je vois entre autres offres : " initiation au piano ", voilà mon affaire ! Je m'inscris aussitôt… L'affaire se concrétise dans les jours qui suivent : Monique me met en contact avec Claire, professeur de musique, et à raison d'une heure par semaine, je rentre dans le vif du sujet.
Ce clavier, que jusqu'à présent, je considérais comme un merveilleux terrain d'exploration et de promenade, il va falloir l'étudier note par note, donner à chacun son nom ; le doigts vont devoir rentrer dans le rang, et au bon rythme, une blanche vaut deux noires (si la LICRA savait ça). Je voulais des clés, en voilà deux : de sol (ça peut aller) e de fa (aïe aïe aïe). Mes vieux neurones de 61 ans souffrent un peu, mais je l'ai voulu !
J'espère seulement ne pas trop taper sur les nerfs de mon professeur et le décourager du bénévolat. Qu'elle en soit remerciée. "
                        Bruno